Posted by on 15 août 2016

En France, le diplôme et la formation initiale ont beaucoup d’importance.

On n’imagine pas qu’une personne ayant un bac plus cinq ou un doctorat puisse « faire des ménages ». Et personne ne pense qu’en faisant le ménage, on va retrouver un travail à son niveau. D’ailleurs, les spécialistes vous déconseilleront d’accepter un job aussi en dessous de votre niveau. Et pourtant…

C’est pourtant ce qui est arrivé à Lilas, jeune chercheuse, à la recherche d’un emploi depuis l’obtention de son diplôme…

 

La Recherche en France fait partie de ces domaines, où non seulement les postes sont rares, mais quand on est au-dehors, il est très difficile d’y entrer. Je le sais bien, mon mari étant lui-même chercheur, et ayant moi-même accompagné une chercheuse dans sa recherche d’emploi il y a quelques années.

Lilas est arrivée un jour chez moi, en remplacement de ma femme de ménage habituelle. Timide, discrète, elle m’a rapidement épatée par son efficacité, son organisation, sa rigueur hors du commun. Enchantée de ses services, je lui ai demandé si elle souhaitait faire ce métier autrement qu’en tant que remplaçante. Et sa réponse m’a stupéfiée.

Elle faisait cela, car elle n’avait pas trouvé de travail dans sa branche au sortir de ses études. Je lui demandais ce qu’elle avait comme formation. Et là, surprise.

Elle me dit avoir un doctorat en biologie !

Intriguée, je lui posais davantage de questions.

Elle avait obtenu son doctorat un an plus tôt, et son maître de stage, entièrement satisfait d’elle, lui avait proposé de continuer de travailler pour lui. Mais comme il n’y avait pas de poste, elle aurait travaillé  gratuitement  pour une durée indéterminée ! C’est malheureusement une pratique assez courante dans ce milieu. Bien entendu, malgré sa timidité, elle avait refusé cette « proposition indécente ». Et depuis, rien de rien. Toutes les portes de la Recherche publique s’étaient refermées pour elle.

Alors, en désespoir de cause, elle s’était tournée vers une association d’insertion, prête à faire ce qu’elle savait faire d’autre, même si ça n’avait rien à voir avec son diplôme.

Le soir venu, j’ai parlé de son cas à mon mari, qui a accepté, d’abord réticent, de voir son CV, puis d’avoir un entretien avec elle. Il se disait qu’une « chercheuse  qui fait le ménage » ne peut pas être une bonne chercheuse, sinon, elle travaillerait déjà. Préjugé très courant chez les managers et employeurs en France, et pas seulement. Pour beaucoup de gens encore, si on veut vraiment du boulot, on en a. Ou alors, c’est qu’on est un « fainéant » ou un « bon à rien ». Ce qui, bien entendu, est faux dans un contexte de chômage de masse, où vingt-cinq pour cent de la jeunesse est sans emploi, et où les recruteurs sont devenus extrêmement difficiles.  Mais il est encore très dur de faire bouger les a priori.

Mon mari, cependant, a été touché par la situation de cette jeune femme. Il lui a donné quelques conseils et ça s’est tout d’abord arrêté là.

Quelque temps après, un CDD de « postdoc » (stagiaire post doctorat) s’est ouvert dans l’entreprise privée dans laquelle mon mari effectue des recherches de pointes en biologie.  Sur mon insistance et mon argumentation,  il  a proposé sa candidature.

En effet, ayant travaillé durant cinq ans dans une structure où l’on pratiquait le Recrutement par Simulation, dont le principe est basé sur la mise en œuvre des aptitudes et des compétences et non sur les diplômes et le CV, je savais qu’elle serait une employée modèle. Son sens de l’organisation, sa conscience professionnelle et son efficacité feraient merveille au laboratoire, où il faut être capable de respecter scrupuleusement des procédures minutieuses et parfois répétitives, tout en étant suffisamment autonome et organisé.

Nous l’avons l’un et l’autre préparée à l’entretien et elle a été acceptée !

La fin de l’histoire, c’est que Lilas a tellement bien travaillé, été tellement consciencieuse, organisée, prête à apprendre et à faire toujours mieux — qualités que j’avais décelées chez elle — qu’elle a ravi ses employeurs qui l’ont finalement embauchée !

Depuis, elle a quitté cette entreprise et été employée dans une autre. Désormais, elle travaille à un poste intéressant qui la satisfait entièrement.

 

Cendrillon n’a pas rencontré le Prince Charmant, mais en jeune femme moderne, elle a trouvé le job de ses rêves. En effectuant humblement un emploi bien en dessous de son niveau, et malgré tout, en l’effectuant de son mieux, elle a su montrer ses qualités professionnelles et déclencher les opportunités. Il y a eu, certes, une « bonne fée » et « un prince » sur son chemin qui ont su voir son courage et sa détermination. Mais sans ces qualités, et le fait d’avoir tenté autre chose, elle serait encore au chômage…

Cette belle histoire — tout à fait vraie — ne veut pas dire qu’il faut que vous fassiez des ménages si vous êtes au chômage, bien sûr. Simplement, qu’il faut savoir sortir des schémas et des préjugés. Tant au niveau des employeurs que du côté de ceux qui cherchent un autre emploi ou un changement de vie.

En allant vers les autres et en essayant d’autres choses, d’une manière ou d’une autre, on va découvrir de nouvelles opportunités et provoquer la chance… Comme on dit, la chance sourit aux audacieux !

 

 

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